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  • : le vent qui souffle
  • le vent qui souffle
  • : Un souvenir surgissait parfois des mots comme un djinn d'une jarre, un souvenir imaginé, un oubli imaginaire... Le jeu de l'oubli dans l'écriture consistait à donner une forme à ces souvenirs blancs qui s'échappaient comme des fantômes...
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     Rose des vents/Prendre le large/

9 septembre 2014 2 09 /09 /septembre /2014 23:04

 

     À l'occasion des vases communicants du mois de juin, Isabelle et moi nous étions spontanément répondu à chaque texte écrit par l'une ou l'autre sur le thème choisi, et, de fil en aiguille, avons découvert à la fin de cet échange que nous avions créé ensemble un texte homogène à quatre mains.


   Isabelle m'a proposé il y a quelques semaines de renouveler cette expérience d'écriture-correspondance sur le thème de l'été, de nos étés passés et des images qu'ils faisaient surgir en nous. J'ai accepté, comme la première fois, avec enthousiasme.

      

     Nous avons décidé de mettre en ligne un à un, sur une période de 19 jours, les 19 textes écrits, dans l'ordre de leur écriture.

 

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       Le camp de vacances que j'étais obligée de fréquenter chaque année pendant l'été avait pour directrice une religieuse austère et sévère. Elle essayait sans doute de faire du mieux qu'elle pouvait pour les gosses du quartier, mais il me semble sans aucun amour, et convaincue qu'il fallait les occuper à tout prix pour éviter qu'ils ne se livrent ou ne soient livrés au « mal ». Comme elle disposait de peu de moyens, elle récupérait tout. Un jour, elle avait sorti dans la cour une grosse malle noire et m'avait appelée car je me trouvais comme d'habitude rencognée sur le seuil d'une porte, non loin de celle qu'elle avait ouverte pour sortir la malle du bâtiment où l'hiver, elle organisait des spectacles pour nous et nos familles. Je me suis approchée d'elle à contrecœur et, tandis qu'elle me parlait, je sentais son haleine qui dégageait une odeur de lait chaud que j'exécrais. Elle me fit remplir d'eau froide un seau et me donna une vieille éponge, sans aucun savon. Je devais nettoyer cette malle et la rendre comme neuve. Il aurait fallu un miracle, mais ce n'est pas cette pensée qui me vint alors à l'esprit car je n'étais pas encore rebelle, seulement malheureuse. Restée seule devant la malle, je m'étais laissé absorber par le flot d'images et d'idées qui s'étaient déclenchées à la vue de sa forme ventrue, des renforts métalliques qui l'encerclaient comme un baril et de son beau fermoir ouvragé. Je l'imaginais remplie d'or, je me racontais des histoires de pirates, d'île au trésor ou de caverne d'Ali-Baba. Comme j'étais poursuivie par mes pires ennemis, je me suis cachée à l'intérieur, le couvercle juste assez relevé pour que je puisse voir sans être vue. Hélas, je ne l'avais pas aperçue qui arrivait derrière la malle pour constater l'état d'avancement de mes travaux de restauration. La colère de la religieuse fut cinglante. Elle réquisitionna deux ou trois autres filles qu'elle fit descendre des balançoires et nous dûmes laver et frotter énergiquement en cadence sous son regard glacial. L'intérieur de la malle était recouvert d'une étoffe qui semblait avoir été du satin dont la couleur rose pâle était complètement passée et salie par de grandes taches, que nos efforts conjugués n'ont pas réussi à effacer. Je me souviens du sentiment d'absurdité qui m'envahissait en effectuant ce travail impossible. Les larmes me montaient aux yeux. Mes vacances d'été s'avéraient tellement désastreuses que je préférais sans aucune hésitation le temps de l'année scolaire, ce que d'aucuns n'ont jamais compris. Plus je grandissais, plus je percevais le pouvoir émancipateur de l'école et les perspectives de liberté qu'elle paraissait m'offrir. Aussi quand, en classe de première au lycée, alors que je marchais tranquillement sur le chemin du retour, je vis la religieuse, qui se déplaçait en solex, arriver vers moi et arrêter sa bécane devant mon nez, je me tins sur mes gardes. Elle me proposait de participer à des thés dansants qu'elle organisait désormais pour les jeunes filles de mon âge le dimanche après-midi. Je déclinai très poliment l'invitation en prétextant avec le plus grand sérieux les devoirs et mon désir d'être candidate au baccalauréat si j'avais la possibilité de me présenter à l'examen l'année suivante (ce qui, hélas, n'était pas encore acquis auprès de mes parents, mais je le gardai pour moi car elle aurait pu faire pression sur eux pour contrecarrer mes aspirations… ). J'eus la surprise de la voir faire un effort d'amabilité en tentant de me convaincre, mais je ne cédai pas. J’avais pris soin de rester très polie, pourtant, la rage la saisit. Elle fit faire un demi-tour fulgurant à son solex en m'adressant une sorte de malédiction. J'étais une orgueilleuse et je devrais m’en repentir un jour… Quelques mois plus tard, lorsque j’appris que ma mère était gravement malade, l’idée me traversa, stupidement, que le châtiment n’avait pas tardé…


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 Eté(s)

 

 

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Published by Le vent qui souffle - dans été(s)
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