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  • : le vent qui souffle
  • le vent qui souffle
  • : Un souvenir surgissait parfois des mots comme un djinn d'une jarre, un souvenir imaginé, un oubli imaginaire... Le jeu de l'oubli dans l'écriture consistait à donner une forme à ces souvenirs blancs qui s'échappaient comme des fantômes...
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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 16:27



       Minima faisait des gestes, dans sa maison imaginaire de sable et de nacre, pour m'expliquer que, derrière cette fenêtre-ci ou cette fenêtre-là, sous la lampe de la chambre ou celle de la cuisine, dans un cône de lumière chaude qui réunissait la famille, les histoires entendues jadis lui fabriquaient un abri de paroles... Elle parlait la langue maternelle des autres mais n'avait pas, comme eux, la langue déliée. Le ton sur lequel on l'appelait "Machine" grinçait souvent entre les dents. En famille, sa langue était le Roman. Elle ouvrait la porte des merveilles du monde...


       Rosana avait jeté des passerelles entre sa tête et la sienne. Chez elle, Rosana allumait des bougies. La lumière dansait sur son visage. Elle ne portait plus son fichu, ses cheveux noirs brillaient. Elle accompagnait ses récits de chansons. Minima écoutait avec ferveur la musique de ses phrases. Elle s'enroulait dans un tapis rouge pendant que Rosana déroulait pour elle un chapelet d'histoires. Elle se trouvait bien dans ce nouvel abri de paroles qui entraient en résonance avec les souvenirs qu'elle murmurait dans sa tête. Minima se sentait gaie. Elle se souvenait aussitôt que CHANTER était trompeur. Si Rosana disparaissait?


       Rosana avait posé sur un empilement de cageots embellis par une étoffe la photo d'une réunion de famille. Tout le monde souriait dans la même direction et se serrait les coudes pour tenir dans le cadre. Minima comparait les photos de Rosana avec les siennes.


       Un vieil homme ressemblait au patriarche dont elle avait admiré le portrait mis à l'honneur chez elle au temps fastueux de la machine à coudre, dans la maison qui n'avait pas encore été démolie. Son père prenait la parole en son nom pour enseigner la sagesse. Quand il évoquait les « morts » ou les « disparus », elle sentait que ses sept à huit années de vie s'enracinaient dans les siècles des siècles. Cette sorte de mort ou de disparition ne heurtait pas sa sagesse neuve. Elle se laissait raisonnablement étonner par le mystère des existences révolues de ses ancêtres qui avaient légué leur histoire pour qu'elle comprenne le sens de sa vie sur la terre.


       Parmi les objets qu'elle transportait dans son sac, Minima aimait particulièrement le mécanisme d'une boîte à musique cassée. Elle savait que des personnages avaient dansé sur le couvercle disparu qui leur avait servi de socle. Elle l'avait appris de son père qui l'avait appris du sien car le père de son père avait reçu la boîte intacte en héritage.


       Elle se souvenait de la description d'une danseuse aux longs cheveux noirs qui ressemblait à Rosana lorsqu'elle la regardait, chez elle, à la lueur des bougies. Au temps de la machine, dans la maison démolie, Minima avait essayé de reconstituer la ronde des figurines. Elle avait imaginé la danseuse vêtue d'une robe rouge comme sa mère, et son compagnon avec les habits bleu roi de son père. La troisième statuette jouait sans doute au violon la mélodie reproduite par le mécanisme de la boîte à musique. Minima se rappelait que son père l'avait jouée pour elle au temps de la machine. Elle pouvait l'écouter autant de fois qu'elle le voulait. Elle aimait observer le mouvement des rouages qui provoquaient toujours les mêmes sons.    §         

 

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Published by Le vent qui souffle - dans Gavroche des mers
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