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  • : le vent qui souffle
  • le vent qui souffle
  • : Un souvenir surgissait parfois des mots comme un djinn d'une jarre, un souvenir imaginé, un oubli imaginaire... Le jeu de l'oubli dans l'écriture consistait à donner une forme à ces souvenirs blancs qui s'échappaient comme des fantômes...
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Ballet d'oiseaux

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     Rose des vents/Prendre le large/

17 septembre 2014 3 17 /09 /septembre /2014 23:04

   À l'occasion des vases communicants du mois de juin, Isabelle et moi nous étions spontanément répondu à chaque texte écrit par l'une ou l'autre sur le thème choisi, et, de fil en aiguille, avons découvert à la fin de cet échange que nous avions créé ensemble un texte homogène à quatre mains.


   Isabelle m'a proposé il y a quelques semaines de renouveler cette expérience d'´écriture-correspondance sur le thème de l'été, de nos étés passés et des images qu'ils faisaient surgir en nous. J'ai accepté, comme la première fois, avec enthousiasme.

      

     Nous avons décidé de mettre en ligne un à un, sur une période de 19 jours, les 19 textes écrits, dans l'ordre de leur écriture.

 

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       Cet été-là, promue monitrice de colonie de vacances, j'avais appelé mon équipe Les cosmonautes. Il aurait été plus exact et plus politiquement correct de les appeler « Les astronautes » mais l'idée ne m'a même pas effleurée, tant j'avais encore en tête les spoutniks qui tournaient autour de la terre à la fin des années cinquante. Les gamins de six à huit ans dont j'avais la charge s'imaginaient bien en extra-terrestres. Nos journées se passaient en batailles intergalactiques. Malheureusement, ils étaient trop jeunes pour veiller toute la nuit, et comme je ne pouvais pas les laisser seuls dans le dortoir, je n'ai pas pu rejoindre les plus grands dans la salle des fêtes pour assister à l'alunissage de Neil Armstrong retransmis par la télévision. L'humanité avait fait un grand pas en avant et, vingt ans plus tard, l'empire soviétique s'effondrait. J'appartenais à la génération bénie des baby-boomers qui n'avaient pas connu la guerre. Quand nous nous promenions en famille sur la plage de Malo près de Dunkerque, je ne savais pas, ou je n'imaginais pas, que mon père, perdu dans ses pensées, revivait la débâcle des troupes françaises en 1940, et le repli d'une partie d'entre elles en Angleterre. Je n'imaginais pas qu'il entendait de nouveau dans sa tête le sifflement des obus et le fracas des bombes qui détruisaient les bateaux anglais à Zuydcoote. Je ne savais pas qu'il s'en était fallu de si peu pour qu'il n'en réchappe pas, et que, par conséquent, je ne voie jamais le jour. Je ne savais pas, ou je n'imaginais pas, que je me promenais au milieu d'un décor qui avait été apocalyptique seulement quinze à vingt ans plus tôt. L'innocence des enfants cohabite avec les expériences traumatisantes que les adultes ont faites de la vie. Je ne savais rien et je n'imaginais rien, mais je sentais que par certains côtés mon père était un grand enfant triste, qui ne se résignait pas à voir le monde tel qu'il était. Ses yeux perdus dans le vague me le disaient, ses silences étaient éloquents. Sa gravité me gagnait, son inquiétude pressentie aussi, ainsi que ses espoirs déçus. Il avait eu dix-huit ans en 1936 et s'était réjoui des premiers congés payés, lui qui n'en avait plus jamais profité, car il préférait travailler pendant le mois d'août pour toucher un salaire qui doublait celui de ses congés. Je ne savais rien, je n'étais qu'une conscience en éveil qui captait tous les signaux envoyés par les adultes, et qui absorbait leurs émotions. Les enfants ne sont-ils pas à leur façon des extra-terrestres? Venus d'un autre monde, ignorants de la vie sur terre, disposés à la confiance, vecteurs d'amour... Les enfants sont des espèces de cosmonautes, explorateurs pacifiques de l’univers, qui finissent trop souvent par se laisser gagner, hélas, en perdant leur innocence, par toutes les formes de sauvagerie à l'œuvre ici-bas…

 

 

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Published by Le vent qui souffle - dans été(s)
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