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  • : Un souvenir surgissait parfois des mots comme un djinn d'une jarre, un souvenir imaginé, un oubli imaginaire... Le jeu de l'oubli dans l'écriture consistait à donner une forme à ces souvenirs blancs qui s'échappaient comme des fantômes...
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16 août 2013 5 16 /08 /août /2013 14:41

La crise grecque est en réalité une guerre qui bafoue les droits humains.

 

Panagiotis Grigoriou, historien et ethnologue, en fait une analyse sociale journalière en tenant un carnet de notes qu'il est possible de lire ici: link . 

 

  "Cette drôle de première guerre géoéconomique du 21ème siècle ne fait que commencer, on le sait désormais... mais en Grèce, nous serions en vacances... En ce mois d’août, décidément si étrange car telle est l’impression généralisée à Athènes et au-delà en ce moment, la... pluie incessante de nouvelles en tout genre, d’ailleurs plus graves que jamais, ne s’arrête, et ne s’arrêtera plus paraît-il devant les divinités de l’été grec. Anestis, cadre dans une grande maison d’édition croyait entamer ses vacances vendredi dernier, mais c’était vers 18h que la direction lui annonça son licenciement, sans préavis ni autre explication, hormis une vague allusion aux “restructurations désormais inévitables”. Anestis, son épouse et leurs deux enfants partiront peut-être pour le 15 août, “tant que c'est encore possible”.

À son travail et depuis son départ soudain, le climat n’a plus rien d’estival. Yorgos, qui vient de rentrer après un séjour de deux semaines chez ses parents sur l’île de Lefkada, ne retrouve même plus l’arrière-goût des vacances... toutes fraîches, comme toutes les autres années: “Il y aura d'autres licenciements, c'est certain. Et Anestis connaîtra certainement le sort de mon ami Fanouris qui depuis son licenciement du poste de mécanicien en chef dans une grande compagnie de location de voitures à l'aéroport, il a connu plus d'un an de chômage. Depuis peu, il vient de retrouver un travail à l’identique. Le poste est exactement le même, sauf qu’il gagne désormais 700 euros par mois en net, au lieu de 1.800 avant. Tout change. Même sur l’île il y avait comme un vent maladif, un vent qui nous rendait alors tous fous. Un très mauvais climat, beaucoup de monde, beaucoup de vacanciers déjà originaires de l’île venus de partout, y compris depuis l’étranger, beaucoup de bruit mais une consommation... de temps de crise. Certains commerçants avaient beau baisser leurs prix, ce n’était plus l’allégresse des consommateurs pourtant, ni la ruée. Il se passera quelque chose de grave en septembre ou en octobre, je le vois venir, tout le monde le voit venir”.

 

La maison d’édition d’Anestis et de Yorgos n’arrive déjà plus à se faire rembourser les ventes déjà réalisées chez ses clients chypriotes. Plus du tout même et ceci, à l’image de toutes les entreprises grecques présentes sur le marché chypriote. Chypre n’est plus un marché, la Grèce non plus d’ailleurs. Et tandis que nos jeunes découvrent désormais les campings de la crise, souvent initiés par les mouvements politiques et associatifs de tout bord, Antonis Samaras qui s’est rendu aux États-Unis en visite officielle, n’a pas pour autant pu capitaliser politiquement ce voyage. Notre presse s’en est même moqué de l’optimisme prétendument affiché par “notre”... dirigeant.



On pense même qu’Antonis Samaras ne restera guère trop longtemps aux manettes de la... “Game Boy Greece”. Il y en a même certains dessinateurs qui visualisent déjà l’évasion nocturne d’Antonis Samaras depuis “son” palais. Et pour descendre depuis son balcon du pouvoir d’après l’imaginaire du dessinateur et de la majorité du peuple grec en ce moment, il utiliserait, les drapeaux: grec, allemand et pour finir, celui de l’Union Européenne. Une telle vision collective est déjà dans... l’air comprimé du temps présent. “En cet été dense et lourd de 2013, beaucoup de gens que je rencontre, très différents les uns des autres, portent en eux ce même sentiment: qu’à travers les délais de cette crise on arrive à son compte à rebours, et que nous nous dirigeons tout droit vers ce sommet. Ce point culminant connaitrait alors plusieurs aboutissements possibles en fonction des individus et des sensibilités, sauf que tous ces aboutissements se révéleront bien dramatiques et douloureux. Mais en même temps, ils nous apporteront la délivrance”, écrit par exemple lundi 12 août Nikos Xydakis dans “Kathimerini”, un quotidien pourtant réputé mainstream. 

 

  Nikos Xydakis n’exprime pas autre chose que ce qui suggère le restant... du sens commun dans ce pays: “Trois ans et demi après les aveux de faillite avec tant de stupéfaction, trois ans et demi de sacrifices successifs imposés à la majorité des Grecs et autant d'erreurs majeures et de massacres répétés, voilà donc trois ans et demi que nous sommes en train de couler. Ce n’est plus possible. Faisons quelque chose de radical, même douloureux, mais à condition que ce naufrage cesse, car de toute évidence nous n'avons plus grand-chose à perdre. Tout le monde le dit: gens cultivés, femmes au foyer, tous ceux qui étaient économiquement encore vaillants jusqu’à hier et que maintenant n’arrivent plus à joindre les deux bouts. Ils sont désormais à genoux à cause des impôts, suite aux coupes salariales. Leurs revenus alors se volatilisent, leurs conjoints et leurs enfants deviennent de chômeurs endettés. Enfin, ils risquent de se faire déposséder de leurs biens immobiliers hérités des générations précédentes, rien que sous l’effet de la crise et du si lourd fardeau des taxes et des impôts”.

 

C’est désormais évident, en trois ans qui se sont écoulés depuis le premier mémorandum nous avons d’abord officiellement appris que la souveraineté nationale sera indéfiniment suspendue, pour ensuite admettre à nos dépens que la faillite de l'État, entraîne la contraction de la souveraineté populaire et la paupérisation tant à travers notre sphère privée, que de notre existence sociale. In fine, elle entraîne aussi l’instabilité politique. La vaste classe moyenne, tous ces ménages qui jusque là ont été relativement épargnés de la crise, l’ont ainsi appris entre-temps. Et pour la plupart d’entre eux, leurs existences individuelles ont été à ce point brisées, qu’il ne sera plus question de vie, mais de survie. Pour tous ces gens, il n'existe plus rien à perdre ni à même à craindre. Tel serait alors ce point culminant de la crise, cette rupture, que beaucoup de Grecs se la pressentent comme imminente en cet été 2013.



À ces pensées ainsi résumées de Nikos Xydakis, se juxtaposent celles de mes amis français qui rentrent chez eux, après avoir séjourné en Grèce durant une bonne partie de l’été comme lors d’une histoire parallèle: “Je suis atterré, après sept semaines de coupure où je n'ai suivi que ce qui se passait en Grèce, de voir la propagande lénifiante qui règne ici... sur la reprise qui est à nos portes ! Autrement dit, fermez vos gueules et avalez tout ce qu'on vous prépare à la rentrée, c'est le dernier effort avant le bout du tunnel ! Le seul point positif c'est que le tabou de l'euro commence à sauter. Enfin, Frédéric Lordon s'est converti: impeccable article dans le Monde diplomatique”.En tout cas, en Grèce nous serions en avance d’une guerre, en témoignent, nos pratiques, nos mutations, et même nos suicides... existentiels ou politiques.

 

La véritable nouvelle de cette semaine grecque n’est certainement pas la dramatique mutinerie, cette émeute qui a “éclaté samedi soir dans le camp d'Amygdaleza, le principal centre de rétention grec où quelque 1 200 migrants, principalement asiatiques, sont retenus sous surveillance policière. Les détenus ont mis le feu à des matelas et leurs logements, avant de jeter des pierres et d'autres objets sur les policiers anti-émeute dépêchés sur place”, comme rapporte à juste titre certes la “grande” presse. C’est plutôt le sabordage de la radiotélévision 902. D’ailleurs sous la pression déjà depuis le reste de la gauche, que le Parti communiste, le KKE, a enfin précisé par communiqué que “la société qui vient d'acquérir la radio et la télévision du parti, la station '902', est la société A-ORIZON Media LTD, qui est une compagnie chypriote, légalement constituée d'après les règles en vigueur à Chypre”. Inutile de (ne pas) préciser que cette société serait une forme de offshore, que les véritables nouveaux propriétaires de la chaîne historique de la gauche grecque ou sinon d’une partie de celle-ci, demeurent inconnus et que le montant de la transaction n’a pas été dévoilé. Le “Quotidien des Rédacteurs”, daté du mardi 13 août, croit savoir que derrière la société chypriotes se trouverait “Nalotia Ventures”, une offshore située aux îles Vierges. Pour les symboles du moins... c’est déjà gagné. Pour le KKE au contraire, il s’agit d’abord et surtout de larmes et de l’immense douleur, étant donné sa situation financière catastrophique que personne ne conteste d’ailleurs, d’après “Rizospastis”, le quotidien du parti daté du 11 août.

 

Dans un pamphlet... tragiquement censé, publié lundi 12 août par le “Quotidien des Rédacteurs”, l’historien Petros Pizanias, estime que “le KKE n'avait aucunement le droit de vendre une fréquence publique, et ainsi la privatiser de la sorte. Qui plus est, par un montage financier, directement inspiré des pratiques du marché, et dont l'opacité n'est plus à prouver”. En outre, ces fréquences d’après Pizanias, devraient rester “à gauche”, c'est-à-dire, “leur trouver un mode opératoire, en commun avec SYRIZA par exemple”.



Ainsi, le KKE vient de prouver qu'il n'est ni plus ni moins, qu'une pseudo-structure comme les autres partis, les banques, les syndicats, pseudo-structures endettées, immorales et représentant 25% environ de la population, suivistes compris. Ce 25%, profite en effet des deux tiers des richesses du pays. Et pour ce qui est du KKE, il a décroché le rôle du défenseur des ouvriers, sauf qu’il se comporte exactement comme tous les autres capitalistes”. Alors “No futur”, comme le suggère un collage sur un mur d’Athènes, utilisant les images d’Antonis Samaras et d’Angela Merkel ?

 

Ces accusations à l’encontre du KKE sont de toute manière et déjà, très graves. Le pire est que d’après certaines rumeurs, le “gouvernement” Samaras s’apprêterait à exiger l’annulation de l’autorisation d’émettre à la radio 105,5 de SYRIZA, sous prétexte qu’il va falloir protéger les fréquences publiques des... aléas économiques que connaissent actuellement les partis politiques. Un comble, lorsqu’on sait ce qui s’est passé depuis la fermeture de la radiotélévision publique ERT, il y a déjà deux mois. Temps gros et temps très mauvais en plein été.



La semaine dernière également, des techniciens privés et “pirates”, on investi les derniers émetteurs de la libre ERT, en Thessalie notamment et en Égée du Nord. Sur l’île de Lesbos plus exactement, ce “commando” de... la gestion d’en haut et de la “reconquête” fut dirigé par un propriétaire de radio locale, “déjà condamné pour escroquerie et menaces, et ainsi bien connu sur son île pour son comportement de mafieux”, d’après le “Quotidien des Rédacteurs” daté du 12 août. Sauf que ce personnage serait opportunément proche de la Nouvelle démocratie d’Antonis Samaras. On sait alors comment et combien les mafias locales s’adaptent à celles d’Athènes, puis à celles, plus amplement... offshore.

 

L’affaire du KKE et du 902 finira, cependant très mal. Si en plus, la radio 105,5 devient une nouvelle cible, “l'essentiel” sera ainsi accompli comme on dit parfois. L’essentiel déjà, c’est que nos gauches n’ont pas réussi à faire obstacle à une seule loi du mémorandum depuis 2010. Et en 2013, cette affaire du sabordage d’une partie importante de leurs medias s’avère être de très mauvais goût, un goût bien amer. D’autant plus que la Grèce n’est pas un pays gouverné mais plutôt un territoire administré et que chaque media supposé non mainstream est plus nécessaire que jamais. Frustrations, qui s’ajoutent aux amertumes, puis aux chimères et enfin aux cauchemars. Décidément, l’été 2013 n’est plus comme les autres. 

On sait désormais que si la version du confrère Petros Pizanias se confirme, il va falloir tout réinventer et dans l’urgence. On admettra du moins que le débat public en Grèce est parfois plus en avance, qu’ailleurs en Europe. Les vielles rhétoriques ainsi que leurs préfabriqués commencent et surtout finissent, par fatiguer.



Mais pour autant, nous ne perdrons pas espoir. Certains petits nouveaux gestes en témoignent, comme cette habitude qui se généralise apparemment cet été 2013 et qui consiste à entreposer les paires de chaussures inutilisées ou pas trop usées sur les trottoirs de manière bien apparente, parfois même dans leurs boîtes, au lieu de les jeter à la poubelle. Ces... offrandes spontanées s’inscrivent ainsi à toute une... typologie néanmoins difficile à réaliser avec précision, tant les “données ethnographiques” issues du terrain s’avèrent volatiles. Je dirais qu’en tout cas, elles relèvent du nouveau zeste de la peau extérieure et toujours colorée, de note société en ce moment, amertume comprise.



Finalement, nous n’attendrions pas la rentée de septembre comme les autres années, et nous réapprenons à tirer profit du meilleur de nous-mêmes. Ainsi, nos musiques, nos poésies, ne sont pas mortes, bien au contraire. Sous les gravas du “funderisme”, les femmes et les hommes de ce pays, comme des autres pays en pareilles circonstances, n’attendent qu’à être synchronisés pour reprendre goût à la vie à travers un élan tant collectif qu’individuel. On se le dit alors en Grèce et de plus en plus souvent. Entre ouvriers, entre commerçants, scientifiques, musiciens et... chômeurs attitrés. Nous manquerions certes et hélas de synchronie, autre que ce situationnisme imposé par nos mafias nationales et... méta-cosmiques, avec l’entière complicité des pseudo-structures à toutes les échelles. Depuis le truand de Lesbos devenu agent spécial au service du para-État d’Antonis Samaras, et jusqu’au grand leurre impérial de l’Union Européenne.

 

Des fois, surtout durant les nuits pluvieuses, ma pensée voyage souvent au pays et aux années de mon enfance. Il apparaît alors le personnage mon professeur de violon. Il portait une redingote vieillie et une perruque déplumée dont nous nous en moquions. Sauf, que lorsque vers la fin de chaque leçon, ma mère pénétrait dans la pièce et que notre professeur interprétait alors à son honneur une autre mélodie, douce et pourtant grave, cela nous rendait soudainement très sérieux. Nous devinions ainsi, certes de manière imprécise, qu’au fond, la musique n’est ni passion, ni rêve, ni nostalgie ou contemplation, mais plutôt, une autre forme de justice”, écrivait notre poète Tasos Livaditis que nous connaissons aussi par certaines chansons de Mikis Theodorakis.



La revue “Métronomos”, dirigée par mon ami Thanasis Sylivos consacre son dernier numéro, justement à Tassos Livaditis (1922-1988), à ses poèmes, à sa vie, entre son exil aux îles, telles que Makronissos ou Agios Efstratios, et la mise en musique d’une partie de son œuvre.Nous pouvons être fiers des nos amis issus de la gauche culturellement pratiquante, mais je ne dirais pas autant en ce moment, pour ce qui est des nos gauches politiquement agissantes. Telle est en tout cas le sentiment largement partagé, chez qui l’esprit critique existe encore. Et ils sont nombreux.



La Grèce prépare activement son 15 août, et aux dires de madame Clio, cette vieille dame qui habite trois rues plus loin, “les gens sont partis nous laissant leurs adespotes et... même leurs animaux desposés sous les bras. J’ai toujours nourri quatre chats devant mon immeuble, ils sont douze en ce moment à miauler me réclamant de la nourriture. Une catastrophe, alors que nous comptons nos dépenses sou par sou. Vivement septembre !”  link











 

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Published by Le vent qui souffle - dans droits humains
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