Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : le vent qui souffle
  • le vent qui souffle
  • : Un souvenir surgissait parfois des mots comme un djinn d'une jarre, un souvenir imaginé, un oubli imaginaire... Le jeu de l'oubli dans l'écriture consistait à donner une forme à ces souvenirs blancs qui s'échappaient comme des fantômes...
  • Contact

Recherche

Autoportrait

         Qui étais-je vraiment? /

Ballet d'oiseaux

          au bord de la mer  

Impossible livre

      Mots

    déploiement géométrique, sonore, temporel

Les mots/"Sons" dessus dessous?/Où (hou!hou!) sont les sons?/Sur les ondes/Tout se jouait entre deux mots qui se fuyaient/Ecrits déchirés/Les mots me manquent/Mots à profusion/Fond et forme/L'art de combiner les sons/Passerelles de mots/Sous le couvert des mots /Ma voix résonne dans le désert!/C (Qu) antique/Mots creusés-creusets /Mots interdits /Mots /                       

       Motifs

     Leitmotiv/    

         Ombres

     Point de rencontre /Aboli bibelot /Portrait/  

         Images

     Images découpées/La dernière image de lui/ Autoportrait /  

          la lettre i

     Démolition/DESPERADO/Eperdument/  

           immense

     Un océan à traverser/Plans sur la comète, rêverie géante.../  

            improvisations

     Nécessité fait loi?/ Chevauchée fantastique/  

             invisibles frontières  

     Moi et/ou moi/Acrostiche/Du trajet au destin (tragédie?)/Elle ourlait le bord des précipices.../Incertains rivages/L'usine/Couloirs du temps/  

          itinéraires

     Rose des vents/Prendre le large/

1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 23:04

 

       Minima était sans doute de l'étoffe du petit Prince, mais je ne suis qu'un vieux marchand de jouets qui l'avait d'abord regardée comme une poupée. Je me suis fabriqué un monde en miniature depuis que je me suis retiré de la vie réelle, après de longs voyages. La gamine m'avait d'emblée manifesté une confiance qu'elle n'aurait peut-être pas accordée à un adulte normal ! De cela, finalement, je me sens fier.

 

       Nos ombres s'étiraient, elle s'amusait de se découvrir aussi grande alors que, de son pas léger, elle ne pesait pas plus qu'un oiseau ! Son pull trop ample sur un jean troué qui avait été arraché à la hauteur de ses mollets la faisait ressembler à un Gavroche des mers. Elle en avait l'allure frêle mais si vive ! Son rire en cascade grelotte encore sur le rivage...

 

       Qui es-tu ? D'où viens-tu ? Où sont tes parents ? Où habites-tu ? J'avoue ne pas avoir suffisamment insisté, et si je n'ai pas obtenu de réponses précises, je ne peux m'en prendre qu'à moi-même. Il me semblait que sa famille était partie de l'Est du Monde, puis qu'elle avait dérivé progressivement vers l'Ouest. J'avais appris que, comme moi, elle avait beaucoup voyagé ! Elle parlait de chariots et de cahots, de feux de camps et de nuits étoilées, mais aussi de fusils et de démolitions. Dès que mes questions se faisaient plus pressantes, elle se fermait comme une huître.

 

       De toute sa vie, elle n'avait jamais joué qu'avec des bouts de bois et des pierres, aussi se montrait-elle étonnée qu'on puisse faire profession de ce commerce. Devant le dénuement de ses jeux, je me sentais un peu honteux de mes trains électriques. Mon magasin était situé dans une cabane à proximité de la plage. J'y vendais bien entendu des bateaux, des seaux et des pelles. Je ne suscitais en elle aucune envie, elle trouvait que, chez nous, les adultes ne comprenaient rien aux enfants.

 

       Pendant que je lui décrivais ma boutique, elle traçait des lignes sur le sable. Nous avions marché le long d'un ruban de coquillages qui s'étaient déposés au bout des vagues. Elle s'envolait à quelques mètres de moi, et je la voyais s'accroupir pour les ramasser. Elle revenait me montrer ses trouvailles, accomplissant les gestes éternels de l'enfance. Je la contemplais sans rien dire, avec la douce impression de flotter dans un présent situé hors du temps...

 

       Je m'étais éloigné à sa demande car elle voulait me faire une surprise. Je m'étais attendu à une course-poursuite mais elle s'était penchée vers le sable, l'air grave et concentré. J'avais joué le jeu en restant à bonne distance jusqu'à ce qu'elle me fasse signe, et je découvris alors qu'elle avait choisi de répondre à sa façon aux questions que je lui avais posées : « Tu es content ? J'ai dessiné ma maison !»

 

       Comment pourrais-je vous raconter, vous expliquer ? Tout ce que je sais de Minima ressemble à ces coquillages posés sur le sable. Sa demeure imaginaire était magnifique avec son toit et ses murs de nacre ! Elle m'avait proposé en riant malicieusement d'entrer chez elle pour me reposer de mes fatigues. J'avais fait mine de franchir une porte et de m'installer à ses côtés sur le tapis qu'elle avait fait semblant de dérouler devant mes yeux. Sur le sol moelleux, nous avons passé ensemble des moments exceptionnels que je ne pourrai jamais oublier...

 

       J'ai photographié le ruban de coquillages, car je ne pouvais pas croire (je ne peux toujours pas !) à la disparition définitive de Minima. Si les marées ont détruit son oeuvre éphémère, les matériaux qu'elle avait utilisés sont toujours là, au bord des vagues, pour me prouver que je n'ai pas rêvé...

 

Ruban 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Le vent qui souffle - dans Gavroche des mers
commenter cet article

commentaires