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  • : le vent qui souffle
  • le vent qui souffle
  • : Un souvenir surgissait parfois des mots comme un djinn d'une jarre, un souvenir imaginé, un oubli imaginaire... Le jeu de l'oubli dans l'écriture consistait à donner une forme à ces souvenirs blancs qui s'échappaient comme des fantômes...
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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 00:04

      

       Un jour, alors qu'elle était partie à la recherche de sa mère, Minima avait aperçu devant l'entrée de la gare la forme d'une femme recourbée, vêtue de noir, avec un foulard noué sur la tête. La femme avait levé son visage vers elle et les passants les avaient enveloppées dans un même regard. C'est ainsi qu'elle avait fait la connaissance de Rosana. Celle-ci choisissait tous les jours le même emplacement. A plusieurs mètres d'un banc où s'allongeaient des hommes fatigués, non loin de l'ouverture par laquelle entraient ou sortaient les voyageurs. Quelques centimètres seulement séparaient son tabouret du mur de béton gris contre lequel elle se reposait à chaque fois que la gare était déserte. Sinon, la honte la maintenait courbée vers le sol.

 

       Minima aidait Rosana à rapporter de quoi manger à sa famille. Quand la foule envahissait les quais, elle baissait la tête comme elle. Certains voyageurs donnaient de l'argent, de la nourriture ou des vêtements. D'autres voulaient appeler la police. L'obsession de Rosana était de ne pas avoir le papier qu'on allait tôt ou tard lui réclamer. Quand arrivait une patrouille de gendarmes, Minima craignait le pire. Une menace planait sur elles en continu, prête à fondre à tout moment comme un oiseau de proie. La femme et l'enfant vivaient en suspension dans le vide, et faisaient des projets en l'air auxquels elles s'accrochaient...  

       La gare était devenue le seul point fixe de leur vie. Des gens décidaient à leur place de l'endroit où il fallait qu'elles vivent. Puis d'autres venaient voir et décidaient que ce n'était pas le bon. Rosana résistait pied à pied aux expulsions et ne perdait du terrain que pas à pas. Les horaires qu'elle s'était fixés pour régler sa vie à l'entrée de la gare étaient aussi rigoureux que ses calculs géométriques pour délimiter l'emplacement de son tabouret. Elle avait besoin que la vie soit régulière. Les voyageurs réguliers lui permettaient de se maintenir dans un cadre parallèle.

 

       Minima levait les yeux plus souvent qu'elle pour regarder de grandes affiches qui montraient des objets magnifiques et des personnages de rêve. Les enfants représentés n'avaient qu'un lointain rapport avec l'idée qu'elle se faisait d'elle-même. Comme dans le hall d'entrée d'un cinéma, elle essayait d'imaginer les films en les déduisant des affiches. Les voyageurs munis d'un ticket qui montaient dans les trains étaient les acteurs de leur vie.

 

       Elle observait les allers et venues des habitués de la gare qui, dans un mouvement de pendule rythmé par leurs occupations, revenaient sans cesse vers elle comme si elle était leur centre de gravité ou le fléau d'une balance. Qu'avaient-ils de si lourd à se reprocher?...

 

       Minima se méfiait instinctivement des voyageurs munis d'un porte-documents. Elle les soupçonnait d'inscrire dans leurs dossiers secrets le nom des personnes qui n'occupaient pas une place attitrée. Elle enviait les gens qui voyageaient en famille et ceux dont les sacs débordaient d'achats. Elle avait envie de les suivre pour partager avec eux le soleil. A part quelques distraits, des amoureux et des vieillards, chacun paraissait connaître avec certitude le sens de sa destination. Quand la gare était déserte, elle s'interrogeait sur la ligne de fuite des rails brillants qui s'enfonçaient dans le lointain...

 

       Auprès de Rosana, Minima avait des envies de départ légères. Elle s'éloignait d'elle comme un ballon de fête foraine qui tire sur sa ficelle. Dans l'illusion de la mobilité, sans franchir la limite de son regard circulaire, à portée de ses mains chaudes. Prête à se blottir contre son coeur de cible qui battait fort. Elle s'élevait au-dessus de la voûte de fer et de verre, au-dessus des trottoirs et des toits, et même au-dessus des lois. Elle voyait haut et loin. Elle flottait au-dessus de la vie... Elle avait la vision d'une immense réunion, à l'opposé de toute séparation. Le plan vertical de ses voyages traversait les déplacements horizontaux des lignes de chemin de fer. Ses rêves redescendaient trouer le tissu ferroviaire comme l'aiguille d'une machine à coudre. De quel gigantesque ouvrage avait-elle commencé l'entreprise? Ses fondations prenaient appui contre le ciel. Elle regardait d'avance le tout à l'envers. Elle se voyait comme dans un miroir, avec tous ceux qu'elle aimait, à la place qui leur convenait-revenait. Rosana enfin là, à l'endroit idéal qu'elle avait élu pour adresse, et ses parents ici, à deux pas de chez elle...

 

 

 

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Published by Le vent qui souffle - dans Gavroche des mers
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