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  • : le vent qui souffle
  • le vent qui souffle
  • : Un souvenir surgissait parfois des mots comme un djinn d'une jarre, un souvenir imaginé, un oubli imaginaire... Le jeu de l'oubli dans l'écriture consistait à donner une forme à ces souvenirs blancs qui s'échappaient comme des fantômes...
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13 août 2014 3 13 /08 /août /2014 23:04

     

     Malgré tout, je connaissais deux mots qui échappaient à l'ambiguïté générale. Deux mots compacts, solides, clairs, limpides, indiscutables, deux cailloux étincelants trouvés dans le terrain vague un jour de sécheresse, deux galets arrondis comme les lèvres pour lancer vers le ciel de belles bulles de savon, deux diamants éternels et justes devant Dieu. La maîtresse avait découpé de grands rectangles de carton aux couleurs chatoyantes. Un tel luxe avait décuplé notre attention et fait subodorer un événement exceptionnel. Nous l'avions vue ensuite, alors qu'elle nous avait ostensiblement attablés à un devoir de copie, prendre le plus beau de ses porte-plume et le tremper d'un geste solennel dans son encrier de porcelaine blanche, plus propre, plus éclatante que d'ordinaire... Et sur les rectangles de carton, elle s'était mise à calligraphier des mots si importants ou si précieux qu'elle avait été obligée, elle, la maîtresse, de se reporter à une feuille qui lui servait de modèle, et qu'elle pointait avec un crayon de bois au fur et à mesure qu'elle reposait sur son bureau les formules mystérieuses. Je n'en pouvais plus... 


     La délivrance arriva. Il fallut nous lever, quitter nos tables, courir et nous disperser dans la classe, nous mêler, nous emmêler et nous démêler, tourner sur nous-mêmes à en avoir le tournis, faire tout ce qui nous aurait valu normalement d'être punis... La maîtresse était devenue folle ou exhibait sa sorcellerie. Nous n'étions plus dans la classe mais dans la cour de récréation, "les livres au feu, la maîtresse au milieu!" Le souhait le plus cher des enfants aurait-il quelque chose à voir avec la barbarie des dictateurs?... Mais la maîtresse frappa posément les paumes de ses mains l'une contre l'autre, plusieurs fois, et nous tint à peu près ce langage: "Vous avez fait un long voyage, vos hôtes, des habitants de la planète Mars, ont préparé votre accueil en organisant un festin, et pour que chacun fasse plus facilement connaissance avec les autres, ils ont inscrit votre nom suivi de votre prénom sur de belles et grandes étiquettes lisibles de loin, qu'ils ont pris soin d'intercaler avec les leurs sur la table du banquet. Que chacun prenne place!"


     Alors, je découvris mon nom suivi de mon prénom, que je déchiffrais pour la première fois... J'avais cherché le coeur battant, privée de mes repères, car la maîtresse, pendant le charivari qui avait précédé cette mise en scène, avait déplacé nos petites tables alignées devant son bureau pour les disposer en U et en faire une véritable...table de banquet. Nom, prénom: je me lisais comme on se voit dans un miroir sur un rectangle de carton vert... 

 

 

                                               

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Published by Le vent qui souffle
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commentaires

Dominique Hasselmann 14/08/2014 10:54


Les souvenirs scolaires sentent toujours bon l'encre et la craie : celui-ci est de tout parfum.

Le vent qui souffle 18/08/2014 14:19


Merci...