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  • : le vent qui souffle
  • le vent qui souffle
  • : Un souvenir surgissait parfois des mots comme un djinn d'une jarre, un souvenir imaginé, un oubli imaginaire... Le jeu de l'oubli dans l'écriture consistait à donner une forme à ces souvenirs blancs qui s'échappaient comme des fantômes...
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1 août 2014 5 01 /08 /août /2014 23:04

Atelier d'écriture 2014 de François Bon


Les trottoirs glissants brillaient sous la lumière des lampadaires. Elle progressait à petits pas derrière la silhouette hésitante d’un homme qui la devançait d’une trentaine de mètres environ et qui, entre deux réverbères, était saisie par l’ombre. L’homme paraissait se diriger vers l’arrêt de bus que desservait la ligne Wambrechies-Wasquehal. Il s’immobilisa pour allumer une cigarette, la tête penchée vers les paumes de ses mains recourbées. Une petite lueur jaillit pour disparaître aussitôt. L’homme réajusta le sac qu’il portait en bandoulière, reprit sa marche un peu saccadée comme celle d’un pantin. Il ressemblait à Julien…

 

Il lui semblait que ce couloir de rues en enfilade, elle le longerait toute son existence... Les mêmes pas, les mêmes murs... avec des portes toutes semblables qui s’ouvrent ou se ferment, et quelques visages anonymes qui se croisent. Cet homme, elle ne l’avait jamais vu que de dos. Elle était sûre, pourtant, à force de l’observer, que c’était toujours le même, lui, à la hauteur de l’estaminet A l’habitude, quand elle n’en était encore qu’à l’entrée de cette rue en forme d’entonnoir… Il lui arrivait de presser le pas comme pour le rejoindre, ou de faire claquer ses semelles un peu plus fort, pour qu’il se retournât...

 

Elle commença à traverser le champ qui servait de raccourci. La terre inégale était craquante, sur l’herbe des talus on dérapait. La silhouette entrevue tout à l’heure enclenchait à chaque fois la machine infernale émotionnelle des souvenirs… Cette façon que Julien avait eue de traverser la vie comme une ombre alors que, paradoxalement, ses traits se découpaient désormais dans sa mémoire comme une eau-forte ! Julien le transparent qui avait été quelqu’un. Julien le personnage secondaire qui aurait pu prendre toute la place. Il aurait suffi dans le fond de si peu ! Un éclairage légèrement différent, une inflexion de certains événements, un petit souffle de liberté qui aurait desserré l’étau. Mais voilà…

 

L’homme continuait son chemin vers Wasquehal. Comme Julien jadis, il n’en dévierait pas. Il s’octroierait seulement le droit de s’arrêter, parfois, pour allumer le feu de joie d’une cigarette roulée entre les doigts, en accomplissant méticuleusement chacun de ses gestes réglés une fois pour toutes comme du papier à musique.

 

« Quand je regarde jaillir la flamme de mon briquet, je ressens, bizarrement, comme une espèce de joie ! Pas seulement à cause de la cigarette que je vais fumer, non, c’est plus primaire... C’est le feu, tu comprends ! » 
Le feu, oui, il avait eu le feu sacré. Il le lui avait dit, il le lui avait expliqué ce soir-là, un des derniers, mais les événements, la vie, tout ce cirque dans lequel on est embarqué !… Elle ne lui en voulait pas, elle ne lui en voulait plus…

 

La nuit qui avait été claire commençait à se couvrir de nuages. De l’autre côté du champ, l’autoroute était assez fréquentée malgré l’heure indécise. Elle aimait suivre du regard les deux rangées de phares jaunes et de feux arrière rouges qui filaient en sens inverse. Un jour, oui, un jour…

 

Pourquoi pas aujourd’hui ?

 

Le jour se levait avec les fumées épaisses qui ferment l’horizon et cette pluie si légère au début, comme un voile de soie transparente, soudain rabattue par le vent du Nord qui la rendait de plus en plus froide et cinglante, obligeant le marcheur à courber la tête et à limiter son champ de vision au spectacle du balancement de ses pieds…

 

Il y avait ce froid dans le coeur depuis si longtemps ! La marque gravée de l’absence ou d’une attente sans fin, la faim, la privation d’une substance primordiale et introuvable, qu’il fallait chercher dans l’ailleurs...

 

Elle avait jeté un dernier coup d’œil dans la direction de Wasquehal, l’homme, qui figurait peut-être son destin, avait disparu. Il fallait enfin tourner le dos à toutes les silhouettes grises, prendre un chemin de traverse, braver le sort…

 

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Published by Le vent qui souffle - dans séquences
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