Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : le vent qui souffle
  • le vent qui souffle
  • : Un souvenir surgissait parfois des mots comme un djinn d'une jarre, un souvenir imaginé, un oubli imaginaire... Le jeu de l'oubli dans l'écriture consistait à donner une forme à ces souvenirs blancs qui s'échappaient comme des fantômes...
  • Contact

Recherche

Autoportrait

         Qui étais-je vraiment? /

Ballet d'oiseaux

          au bord de la mer  

Impossible livre

      Mots

    déploiement géométrique, sonore, temporel

Les mots/"Sons" dessus dessous?/Où (hou!hou!) sont les sons?/Sur les ondes/Tout se jouait entre deux mots qui se fuyaient/Ecrits déchirés/Les mots me manquent/Mots à profusion/Fond et forme/L'art de combiner les sons/Passerelles de mots/Sous le couvert des mots /Ma voix résonne dans le désert!/C (Qu) antique/Mots creusés-creusets /Mots interdits /Mots /                       

       Motifs

     Leitmotiv/    

         Ombres

     Point de rencontre /Aboli bibelot /Portrait/  

         Images

     Images découpées/La dernière image de lui/ Autoportrait /  

          la lettre i

     Démolition/DESPERADO/Eperdument/  

           immense

     Un océan à traverser/Plans sur la comète, rêverie géante.../  

            improvisations

     Nécessité fait loi?/ Chevauchée fantastique/  

             invisibles frontières  

     Moi et/ou moi/Acrostiche/Du trajet au destin (tragédie?)/Elle ourlait le bord des précipices.../Incertains rivages/L'usine/Couloirs du temps/  

          itinéraires

     Rose des vents/Prendre le large/

9 juin 2015 2 09 /06 /juin /2015 10:20
Parution en juin 2015 à La Chambre d'échos

Parution en juin 2015 à La Chambre d'échos

Du 10 au 14 juin,La Chambre d'échos (stand n° 113) vous invite à choisir dans les allées du Marché de la poésie vos lectures d'été (poésie, romans, récits, nouvelles...)

Trois nouveautés, quelques rééditions :
• Françoise Gérard, Le joueur initial
• Jacques Prévert, Vignette pour les vignerons
• Jean Pierre Rochat, Journal amoureux d’un boucher de campagne
• Jean Pierre Renault, Une enfance abandonnée
• Françoise Gérard, Le dernier mot d’elle
• Jean Pierre Rochat, Le berger sans étoiles
• Jean Pierre Rochat, Hécatombe

Place St Sulpice, Paris 6e
mercredi de 14h à 21h30, jeudi jusqu'au samedi de 11h30 à 21h30 et dimanche de 11h30 à 20h
La Chambre d'échos | 23, impasse Mousset | 75012 Paris tél. : 01 44 74 04 01
www.lachambredechos.com | contact@lachambredechos.com

Nouveau site Le vent qui souffle

Repost 0
Published by Le vent qui souffle - dans extraits Chambre d'échos
commenter cet article
8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 18:17

                                                       Nouveau site ICI

LeDernierMot 2015

 

Le vent qui souffle

 

 

 

Repost 0
Published by Le vent qui souffle - dans extraits Chambre d'échos
commenter cet article
9 octobre 2013 3 09 /10 /octobre /2013 13:20

 

 Xavier Gardette, Cent jours après la floraison des lys 

 

Un goût de terre argilo-calcaire, une odeur de chemins vicinaux, de voies de petite communication et au fond coule une rivière qui ferme le passage.
Le narrateur, de retour comme Ulysse dans le pays de ses aïeux, retrouve sa demeure et se fond dans un décor de prés, d’arbres et d’eaux, à l’affût des traces inscrites dans ce paysage agreste. Au gré de notations bienveillantes ou caustiques, par petites touches, se dessine un portrait impressionniste et secret d’une campagne vivante.
Passent les saisons, les travaux et les jours, page après page ce carnet bruissant de surprises initie notre regard au charme de ces lieux.
En contrepoint pourtant, un phénomène récurrent, étrange, une anomalie de circulation automobile, inquiète et lentement recouvre le voisinage d’une ombre d’incertitude…

Si je ne bouge pas, c’est aussi parce que je suis autrement préoccupé, et par une image étrange. Oublieux des flocons qui passent devant le carreau, je regarde sur l’écran un cliché de Google Earth. De l’espace intersidéral, figuré par une Terre bleue perdue dans le noir, allégorie du désespoir, je me suis approché virtuellement des toits de mes maisons qu’un satellite espion a photographiés un beau jour d’été sans nuage.
Je suis comme un oiseau, un busard peut-être, immobile à 478 mètres d’altitude. D’une légère pression du majeur, je descends un peu, pour me trouver à hauteur du troisième étage d’une tour Eiffel dont les piliers se trouveraient au niveau de la mer. Nous sommes le 17 juin 2004 : c’est écrit au bas de l’écran. Dans le pré qui longe la rivière, derrière le lavoir, la fenaison est achevée. Je le vois à ce fond jaune orangé de la parcelle qui tranche sur le vert un peu gris, un peu grumeleux, des champs et des arbres, ceux-là rassemblés en une coulée moutonnante, trahissant le lit méandreux de la Noue. Des stries pâles ondulent sur le pré et forment un autre méandre, chemin régulier et tortueux qu’a tracé la faucheuse.

 

 

 Marc-Alfred Pellerin, L'Alerce

 

Sur les contreforts andins du Chili austral, aux prises avec un monde ténébreux et sauvage évoqué avec un réalisme saisissant, deux êtres s’engagent aveuglément pour une vie commune sur laquelle planent l’opprobre social et une accusation de crime.
Leur histoire d’amour a la simplicité d’une tragédie ancienne. De forêts en à-pics de montagne, de scieries en chantiers de coupe, dans une longue chevauchée ils défient l’adversité et se trouvent pris en étau entre la nécessité et la loi de l’argent-roi établi sur l’exploitation des ressources primitives.
Dans un Chili intemporel fouetté par la pluie et les vents, un récit lyrique où s’imbriquent l’observation sociale, une évocation forte du milieu forestier et la lutte du couple pour sa survie.

« Ventisquero ».
Parti à grands pas, le Chef invente déjà le dessin du chemin qu’il va falloir tracer pour rejoindre la piste. Du plat de la main, il frappe les arbres, cinq gros et quelques maigrichons.
[…]
Brèves morsures de la chaîne entaillant le pied de l’arbre, à la naissance des racines. Longues séquences entrecoupées d’accélérations furieuses pour se dégager lorsque l’arbre menace de coincer la chaîne sous son poids. Arrêt pour une reprise de souffle, de rythme. Pétarade un peu creuse du moteur pendant que la chaîne tourne à vide avant d’attaquer à pleine écorce, en un nouveau point. À l’oreille, l’habitué des chantiers devine les étapes de l’exécution, l’approche du dénouement. Silence. Long cri d’alerte. Ultime coup de scie. Deuxième cri aussitôt noyé dans le craquement final. Nouveau silence pendant que vacille la cime, ses tonnes de branchages et de feuilles. Puis le fracas de la masse abattue, arrachant tout sur son passage. Et la secousse de la montagne, faisant sous les pieds trembler le sol. 

 

link




Repost 0
Published by Le vent qui souffle - dans extraits Chambre d'échos
commenter cet article
16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 00:04

Je ne suis jamais retournée à B. Ce que je connais de la ville, c'est beaucoup ou c'est peu? Je suis restée une étrangère. Je n'ai pas su comment la voir sauf peut-être une fois, le jour où monsieur Jaffredou, le monsieur J. des Mots mêlés , nous en a fait la visite guidée. "Une visite à ma façon!" avait-il dit. Et sa façon, c'était de nous montrer la ville fantôme, celle d'autrefois ou plus exactement, la faire imaginer en nous la décrivant, au-dessous de la vraie, la vivante, la ville de surface, construite après la guerre sur les gravats de l'autre qui lui font un remblai où elle pousse en plein vent. On commençait devant l'hôtel de ville. Il y avait deux anciens: Edmond et Marguerite, quatre jeunes, une bibliothécaire, un appelé et moi. Nous avons fait semblant d'ouvrir la vieille porte barrée par une forte grille. Passée la porte, quel changement! La rue de Siam a perdu sa courbe, la rue Pasteur sa pente, entre les deux plus d'escaliers ni de relief. La première ville est dessous, son tracé, ses talus, dix ou vingt mètres sous nos pieds, tous débris confondus, arasés, surmontés d'une vaste plateforme sur laquelle l'architecte a posé une ville neuve aux rues plates, alignées qui sont chacune pour le vent d'ouest un couloir et un porte-voix. Nous arrivons dans l'ancien coeur, près de l'eau, près du bras de mer qui entre dans les terres, confisqué à présent, dans ses abords, par l'arsenal qui se taille depuis toujours, ici, la part du lion, interdit aux civils et trop en contrebas, trente mètres, inaccessible, sauf tous les deux ans, les vieux gréements des affiches, qu'on laisse entrer pour la fête. Nous avons regardé les bateaux gris depuis le pont de Recouvrance, nous avons marché jusqu'au château, longé le cours Dajot qui surmonte le port de commerce que la ville ne regarde plus. Que regarde-t-elle alors? Le large? Le vide? Rien? Ce qui est perdu? Elle meurt, elle est en vie? Laquelle des deux villes? La morte en-dessous, bien morte sous les remblais? La vive, par-dessus, qui usurpe son nom? Laquelle des deux est le fantôme de l'autre? 

 

Danielle Auby, Les corbeaux volent sur le dos, éditions La Chambre d'échos.    

Repost 0
Published by Le vent qui souffle - dans extraits Chambre d'échos
commenter cet article
8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 00:04

Je regarde Fawzia accroupie en retrait... elle bavarde avec Heini. Celle-ci traduit à notre intention. Fawzia a été mariée deux fois - je lui donnais seize ans...

 

Les femmes ne comprenaient rien. On les maintenait dans l'ignorance. Elles soignaient les bêtes, s'occupaient de la nourriture et portaient l'eau. J'ai laissé ma famille, je suis venue à la Révolution. J'ai participé à trois batailles. Des fantassins ennemis s'infiltraient, on les attaquait. Au début, j'ai craint, maintenant je n'ai plus peur. Ici, la femme est à ses débuts.

 

La photo de Fawzia.

C'est l'agrandissement d'un cliché en noir et blanc réalisé au soleil. Malgré les dimensions du tirage (20 x 30 cm), la définition est irréprochable.

Les yeux graves, perdus dans le lointain, captent d'abord l'attention. Dans les iris, probablement marron, luisent des reflets de ciel...

 

Heini s'entretient avec une adolescente, Fizah. Née esclave, elle s'occupait de la nourriture de ses maîtres, elle surveillait leurs vaches et leurs chèvres. On la nourrissait mal. On ne la payait pas. Le Front l'a libérée.... 

 

Je referme le calepin aux spirales oxydées. Sur la couverture décolorée par la sueur, il y a des inscriptions au stylo-bille. Foco du Dhofar. 25 avril 1971 - 20 juin 1971.

 

Quel âge a Fawzia aujourd'hui si la guerre révolutionnaire et l'échec de celle-ci lui ont prêté vie?... Et les autres femmes du Front Populaire? Houda, Fizah, Mouna... Jusqu'à quel point leur a-t-on repris ce que le Front leur avait accordé? 

 

Jean-Louis Ughetto, Le chien U, éditions La Chambre d'échos. 

Repost 0
Published by Le vent qui souffle - dans extraits Chambre d'échos
commenter cet article
29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 23:04

Qui étais-je vraiment? Petite fille habitée de mauvais rêves et traversée de fantômes, trouée comme une passoire par tous les pores de sa peau... Perméable à toutes les érosions et dérisions... Décapée, dépitée, décapitée à chaque déluge, nettoyée et vidée de ses émotions primaires... Chaque flux ou reflux qui me poussait d'un bout à l'autre de cette frontière étrange qui traversait le terrain vague, entre deux mondes qui s'excluaient, faisait de moi à chaque passage une étrangère toujours plus étrangère... J'ai grandi avec la sensation d'être vide pour avoir constamment laissé ailleurs, dans les mondes successifs d'où je venais, mes bagages essentiels, l'essence de mon âme et ma véritable identité... Qui étais-je vraiment? Puissance incantatoire du verbe de l'école, silence pauvre mais parlant de la maison affaissée sur le creux de son quotidien. Notre maison était creuse et moi comme elle car l'école était pleine. Pleine à craquer de savoirs, de jeux et de rêves irréels. Et cette plénitude me faisait rêver, et ce creux me faisait douter. Et quand la houle était trop forte, cette alternance de creux et de crêtes me donnait la nausée. Qui étais-je vraiment? Les deux galets ramassés un jour de sécheresse sur la plage du terrain vague - BAILLEUL Annie - étaient assurément un début de réponse. "Présente!" Au début de chaque demi-journée, en faisant l'appel, la maîtresse les ramenait dans ses filets, les examinait, les comparait à sa liste et ne trouvait rien à redire. Alors elle les relâchait, elle les remettait en circulation - BAILLEUL Annie - deux allers et retours matin et soir, à marée basse et à marée haute, sur le chemin du terrain vague, au-dessus d'une ligne de faille... Qui étais-je vraiment? Physiquement, j'étais comme Zazie dans le métro. Une boule de cheveux noirs coupés court avec une frange en travers du front que les ciseaux paternels égalisaient une fois par mois (la poussière de soie qui tombait me chatouillait le nez, je mettais mes mains en visière à la hauteur de mes sourcils tout en clignant des yeux, mon père me faisait lever le menton de sa main gauche et de la droite il s'efforçait de ne pas trembler, je sentais la progression dure et froide des longues lames pointues contre ma peau un peu moite, si je bougeais, si j'éternuais, il en allait peut-être de ma vie!), et puis le pull rouge, ma mère adorait le rouge, rouge comme le sang qui perlait, c'était toujours pareil, pas de sa faute mais de la mienne, je ne savais pas me tenir tranquille, le pull rouge sur une jupe écossaise à dominante rouge le dimanche, les autres jours de la semaine, c'étaient des couleurs banales qui n'allaient pas bien aux brunes, des couleurs ternes pour vêtements de pauvres, des vêtements de secours, ça existe encore, ça s'appelle le secours catholique ou populaire... Le dimanche, avec les habits choisis ou faits par ma mère, j'étais tout à fait comme Zazie dans le métro, avec son casque noir sur un pull rouge... Mon père se prénommait Raymond et de son nom de jeune fille ma mère s'appelait Queneut. Pourtant, ils n'avaient absolument rien compris à la finesse ou aux finasseries de Queneau. Ils avaient payé cher pour me voir en grand sur l'écran. Dès les premiers gros mots, ils regrettèrent leur argent. Je me sentais responsable (quelle fichue habitude!), gênée d'avoir un sosie si mal élevé et troublée de découvrir pareille différence (puisque malgré toutes mes sottises il semblait que je n'arrivasse pas à la hauteur de la cheville de ma doublure cinématographique!) au sein d'une telle ressemblance... Pour éluder la décision de quitter la salle, ce qui serait revenu à admettre qu'ils avaient gaspillé le prix des billets, mes chers parents avaient estimé que ça ne pouvait pas continuer comme ça. On ne pouvait pas se foutre de la gueule du monde à ce point-là. Le film allait devenir un vrai film, avec une histoire qui tiendrait debout et une petite fille normale ou presque, comme moi. D'espoir déçu en attente trompée, de soupir en soupir et de mine outragée en dénégation fatiguée, ils burent la coupe jusqu'à la lie. La durée conventionnelle d'un film étant écoulée, le mot FIN apparut pour nous narguer, sembla-t-il, une dernière fois. Mes géniteurs mirent du temps à sortir de leur stupeur. Le génie de Queneau leur avait échappé, Zazie dans le métro devint à leurs yeux la référence en matière de non-sens. Quant à moi, dans les yeux de Zazie, j'avais vu briller des lueurs certes douteuses mais alléchantes. Elle était gaie, moi, je ne l'étais pas, et sa présence au monde était renversante...

 

Le Dernier mot d'elle, éditions La Chambre d'échos.

Repost 0
Published by Le vent qui souffle - dans extraits Chambre d'échos
commenter cet article
29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 13:50

 

* La voisine disait que j'avais de plus en plus triste mine. Je perdais mes couleurs, je manquais de distraction, il fallait que je m'évade un peu. La voisine aurait mieux fait de se taire, ma figure ne regardait que moi. Je me regardais quand je voulais. Le matin, vite fait, pour me débarbouiller. Je ne voyais que du savon blanc comme de la neige sous une frange de cheveux noirs. Les couleurs de la voisine étaient une invention. Toutes nos photos étaient en noir et blanc, celles de l'école aussi. Mon visage était une habitude, je n'y pensais même pas. Je l'examinais quand il était immobile et plat, brillant, parfois mat, seul ou dans un groupe, séparé de mon corps ou posé tout en haut comme un ballon. Depuis le début de ma vie, d'un cliché à l'autre, je constatais de grandes différences. Il était surprenant que j'eusse pu être ce tout petit enfant que je ne reconnaissais pas, qui avait laissé cette empreinte à la surface d'un papier. On aurait dit que je m'étais évadée de mes corps successifs. Que leurs écorces avaient été déposées sur le support des photographies. Je n'avais pas fini de grandir mais il ne m'aurait pas déplu de rester à la hauteur du moment où je vivais. Au stade connu de mon enfance, juste avant qu'elle ne finisse. Avec ma frange de cheveux noirs et mon visage blanc, rond, sous les bulles de savon. Moi pour de vrai, pas seulement une image. En train de faire grincer la chaise devant la table où je regardais nos photos. Les négatifs faisaient pâle figure à côté de leurs doubles réussis. C'était peut-être ce que voulait dire la voisine et qui inquiétait ma mère. Les couleurs qui s'effaçaient de mon visage devaient lui donner l’aspect d’un négatif. Je me pinçais, j'étais réelle. Il était impossible que le regard de la voisine me traverse déjà comme un rayon X

 

 

    Comme Zazie dans le métro

 

* Qui étais-je vraiment? Petite fille habitée de mauvais rêves et traversée de fantômes, trouée comme une passoire par tous les pores de sa peau... Perméable à toutes les érosions et dérisions... Décapée, dépitée, décapitée à chaque déluge, nettoyée et vidée de ses émotions primaires... Chaque flux ou reflux qui me poussait d'un bout à l'autre de cette frontière étrange qui traversait le terrain vague, entre deux mondes qui s'excluaient, faisait de moi à chaque passage une étrangère toujours plus étrangère... J'ai grandi avec la sensation d'être vide pour avoir constamment laissé ailleurs, dans les mondes successifs d'où je venais, mes bagages essentiels, l'essence de mon âme et ma véritable identité... Qui étais-je vraiment? Puissance incantatoire du verbe de l'école, silence pauvre mais parlant de la maison affaissée sur le creux de son quotidien. Notre maison était creuse et moi comme elle car l'école était pleine. Pleine à craquer de savoirs, de jeux et de rêves irréels. Et cette plénitude me faisait rêver, et ce creux me faisait douter. Et quand la houle était trop forte, cette alternance de creux et de crêtes me donnait la nausée. Qui étais-je vraiment? Les deux galets ramassés un jour de sécheresse sur la plage du terrain vague - BAILLEUL Annie - étaient assurément un début de réponse. "Présente!" Au début de chaque demi-journée, en faisant l'appel, la maîtresse les ramenait dans ses filets, les examinait, les comparait à sa liste et ne trouvait rien à redire. Alors elle les relâchait, elle les remettait en circulation - BAILLEUL Annie - deux allers et retours matin et soir, à marée basse et à marée haute, sur le chemin du terrain vague, au-dessus d'une ligne de faille... Qui étais-je vraiment? Physiquement, j'étais comme Zazie dans le métro. Une boule de cheveux noirs coupés court avec une frange en travers du front que les ciseaux paternels égalisaient une fois par mois (la poussière de soie qui tombait me chatouillait le nez, je mettais mes mains en visière à la hauteur de mes sourcils tout en clignant des yeux, mon père me faisait lever le menton de sa main gauche et de la droite il s'efforçait de ne pas trembler, je sentais la progression dure et froide des longues lames pointues contre ma peau un peu moite, si je bougeais, si j'éternuais, il en allait peut-être de ma vie!), et puis le pull rouge, ma mère adorait le rouge, rouge comme le sang qui perlait, c'était toujours pareil, pas de sa faute mais de la mienne, je ne savais pas me tenir tranquille, le pull rouge sur une jupe écossaise à dominante rouge le dimanche, les autres jours de la semaine, c'étaient des couleurs banales qui n'allaient pas bien aux brunes, des couleurs ternes pour vêtements de pauvres, des vêtements de secours, ça existe encore, ça s'appelle le secours catholique ou populaire... Le dimanche, avec les habits choisis ou faits par ma mère, j'étais tout à fait comme Zazie dans le métro, avec son casque noir sur un pull rouge... Mon père se prénommait Raymond et de son nom de jeune fille ma mère s'appelait Queneut. Pourtant, ils n'avaient absolument rien compris à la finesse ou aux finasseries de Queneau. Ils avaient payé cher pour me voir en grand sur l'écran. Dès les premiers gros mots, ils regrettèrent leur argent. Je me sentais responsable (quelle fichue habitude!), gênée d'avoir un sosie si mal élevé et troublée de découvrir pareille différence (puisque malgré toutes mes sottises il semblait que je n'arrivasse pas à la hauteur de la cheville de ma doublure cinématographique!) au sein d'une telle ressemblance... Pour éluder la décision de quitter la salle, ce qui serait revenu à admettre qu'ils avaient gaspillé le prix des billets, mes chers parents avaient estimé que ça ne pouvait pas continuer comme ça. On ne pouvait pas se foutre de la gueule du monde à ce point-là. Le film allait devenir un vrai film, avec une histoire qui tiendrait debout et une petite fille normale ou presque, comme moi. D'espoir déçu en attente trompée, de soupir en soupir et de mine outragée en dénégation fatiguée, ils burent la coupe jusqu'à la lie. La durée conventionnelle d'un film étant écoulée, le mot FIN apparut pour nous narguer, sembla-t-il, une dernière fois. Mes géniteurs mirent du temps à sortir de leur stupeur. Le génie de Queneau leur avait échappé, Zazie dans le métro devint à leurs yeux la référence en matière de non-sens. Quant à moi, dans les yeux de Zazie, j'avais vu briller des lueurs certes douteuses mais alléchantes. Elle était gaie, moi, je ne l'étais pas, et sa présence au monde était renversante...

 

 

* extraits de récits publiés à La Chambre d'échos link

 

 

 

 

Repost 0
Published by Le vent qui souffle - dans extraits Chambre d'échos
commenter cet article
29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 00:04

Combien de briques nettoyais-je sans les casser quand je rentrais de l'école? Etait-il bien sûr que le marteau dût se faire léger à la surface de chaque brique?... Le burin n'avait-il pas la vocation d'un ouvre-boîte?... Non, c'était plutôt comme un jeu d'écriture. Stylet contre tablette à écrire. Assise à même le sol, la brique calée entre les genoux, le marteau dans la main droite, le burin dans la gauche, je gravais des hiéroglyphes que de grands savants découvriraient un jour au pied d'une pyramide, de gauche à droite point à la ligne, les phrases défilaient sur cet écran de terre cuite, les mots creusés-creusets recevaient de moi seule leurs formes indéchiffrables, scribe anonyme devant l'éternité. La tâche me paraissait grandiose comme l'amas de ruines réunies, élevées-effondrées, dans le jardinet. Les petits coups frappés doucement redonnaient vie aux formes délivrées du vieux mortier. La brique nettoyée de son histoire ancienne recevait le baptême dans la bassine à côté. Puis, déposée-rangée sur une bâche propre, en attendant que la Parole Neuve la prenne, elle formait avec les autres, serrées en bloc compact, un monument de lourd silence...

Quand mes doigts étaient trop engourdis, les outils prévoyants leur échappaient sans histoire. Alors, je contemplais le début du grand ouvrage que j'avais entrepris, le petit cube de briques propres élevées cinq sur cinq sur le carré de la bâche, et, en comparant ce dé-jouet à la montagne de ruines qui restaient à nettoyer, je me sentais un peu, toutes proportions gardées, comme David face à Goliath...

 

Couleur sienne, éditions La Chambre d'échos.  

Repost 0
Published by Le vent qui souffle - dans extraits Chambre d'échos
commenter cet article
28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 00:04

La voisine disait que j'avais de plus en plus triste mine. Je perdais mes couleurs, je manquais de distraction, il fallait que je m'évade un peu. La voisine aurait mieux fait de se taire, ma figure ne regardait que moi. Je me regardais quand je voulais. Le matin, vite fait, pour me débarbouiller. Je ne voyais que du savon blanc comme de la neige sous une frange de cheveux noirs. Les couleurs de la voisine étaient une invention. Toutes nos photos étaient en noir et blanc, celles de l'école aussi. Mon visage était une habitude, je n'y pensais même pas. Je l'examinais quand il était immobile et plat, brillant, parfois mat, seul ou dans un groupe, séparé de mon corps ou posé tout en haut comme un ballon. Depuis le début de ma vie, d'un cliché à l'autre, je constatais de grandes différences. Il était surprenant que j'eusse pu être ce tout petit enfant que je ne reconnaissais pas, qui avait laissé cette empreinte à la surface d'un papier. On aurait dit que je m'étais évadée de mes corps successifs. Que leurs écorces avaient été déposées sur le support des photographies. Je n'avais pas fini de grandir mais il ne m'aurait pas déplu de rester à la hauteur du moment où je vivais. Au stade connu de mon enfance, juste avant qu'elle ne finisse. Avec ma frange de cheveux noirs et mon visage blanc, rond, sous les bulles de savon. Moi pour de vrai, pas seulement une image. En train de faire grincer la chaise devant la table où je regardais nos photos. Les négatifs faisaient pâle figure à côté de leurs doubles réussis. C'était peut-être ce que voulait dire la voisine et qui inquiétait ma mère. Les couleurs qui s'effaçaient de mon visage devaient lui donner l’aspect d’un négatif. Je me pinçais, j'étais réelle. Il était impossible que le regard de la voisine me traverse déjà comme un rayon X

 

Couleur sienne, éditions La Chambre d'échos. 

 

Repost 0
Published by Le vent qui souffle - dans extraits Chambre d'échos
commenter cet article
11 septembre 2012 2 11 /09 /septembre /2012 23:04

Il arrive aussi qu'il soit impossible de rester retranchée jusqu'au bout. L'autre continue d'espérer, il attend, l'oeil alerte, le signe de l'interrogation étalé sur sa face. Je rassemble alors mes forces, tousse derrière ma main, ouvre la bouche et éructe une ou deux phrases d'une insipidité asphyxiante. A ce moment-là, l'horreur de la situation touche à l'incandescence. Je ne suis plus qu'une écorce creuse dans laquelle s'agite ce je ne sais qui, qui parle à ma place. J'aperçois vaguement l'autre me fixer, incrédule et désireux à la fin, malgré sa bonne volonté, de s'esquiver. J'entends une voix fluette, à peine audible, siffler encore quelques mots, un rire inapproprié vient couronner le tout, ça doit être moi, je n'espère plus rien que l'anéantissement, qu'on parte, qu'on me laisse seule, qu'on ne vienne plus jamais s'adresser à moi comme si j'étais quelqu'un, je ne suis rien, je ne sais pas vivre, c'est ma faute, je ne suis pas capable.  

 

Sabine Raffy, Le tapis de mémoire, éditions La Chambre d'échos.

Repost 0
Published by Le vent qui souffle - dans extraits Chambre d'échos
commenter cet article