Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : le vent qui souffle
  • le vent qui souffle
  • : Un souvenir surgissait parfois des mots comme un djinn d'une jarre, un souvenir imaginé, un oubli imaginaire... Le jeu de l'oubli dans l'écriture consistait à donner une forme à ces souvenirs blancs qui s'échappaient comme des fantômes...
  • Contact

Recherche

Autoportrait

         Qui étais-je vraiment? /

Ballet d'oiseaux

          au bord de la mer  

Impossible livre

      Mots

    déploiement géométrique, sonore, temporel

Les mots/"Sons" dessus dessous?/Où (hou!hou!) sont les sons?/Sur les ondes/Tout se jouait entre deux mots qui se fuyaient/Ecrits déchirés/Les mots me manquent/Mots à profusion/Fond et forme/L'art de combiner les sons/Passerelles de mots/Sous le couvert des mots /Ma voix résonne dans le désert!/C (Qu) antique/Mots creusés-creusets /Mots interdits /Mots /                       

       Motifs

     Leitmotiv/    

         Ombres

     Point de rencontre /Aboli bibelot /Portrait/  

         Images

     Images découpées/La dernière image de lui/ Autoportrait /  

          la lettre i

     Démolition/DESPERADO/Eperdument/  

           immense

     Un océan à traverser/Plans sur la comète, rêverie géante.../  

            improvisations

     Nécessité fait loi?/ Chevauchée fantastique/  

             invisibles frontières  

     Moi et/ou moi/Acrostiche/Du trajet au destin (tragédie?)/Elle ourlait le bord des précipices.../Incertains rivages/L'usine/Couloirs du temps/  

          itinéraires

     Rose des vents/Prendre le large/

1 août 2014 5 01 /08 /août /2014 23:04

Atelier d'écriture 2014 de François Bon


Les trottoirs glissants brillaient sous la lumière des lampadaires. Elle progressait à petits pas derrière la silhouette hésitante d’un homme qui la devançait d’une trentaine de mètres environ et qui, entre deux réverbères, était saisie par l’ombre. L’homme paraissait se diriger vers l’arrêt de bus que desservait la ligne Wambrechies-Wasquehal. Il s’immobilisa pour allumer une cigarette, la tête penchée vers les paumes de ses mains recourbées. Une petite lueur jaillit pour disparaître aussitôt. L’homme réajusta le sac qu’il portait en bandoulière, reprit sa marche un peu saccadée comme celle d’un pantin. Il ressemblait à Julien…

 

Il lui semblait que ce couloir de rues en enfilade, elle le longerait toute son existence... Les mêmes pas, les mêmes murs... avec des portes toutes semblables qui s’ouvrent ou se ferment, et quelques visages anonymes qui se croisent. Cet homme, elle ne l’avait jamais vu que de dos. Elle était sûre, pourtant, à force de l’observer, que c’était toujours le même, lui, à la hauteur de l’estaminet A l’habitude, quand elle n’en était encore qu’à l’entrée de cette rue en forme d’entonnoir… Il lui arrivait de presser le pas comme pour le rejoindre, ou de faire claquer ses semelles un peu plus fort, pour qu’il se retournât...

 

Elle commença à traverser le champ qui servait de raccourci. La terre inégale était craquante, sur l’herbe des talus on dérapait. La silhouette entrevue tout à l’heure enclenchait à chaque fois la machine infernale émotionnelle des souvenirs… Cette façon que Julien avait eue de traverser la vie comme une ombre alors que, paradoxalement, ses traits se découpaient désormais dans sa mémoire comme une eau-forte ! Julien le transparent qui avait été quelqu’un. Julien le personnage secondaire qui aurait pu prendre toute la place. Il aurait suffi dans le fond de si peu ! Un éclairage légèrement différent, une inflexion de certains événements, un petit souffle de liberté qui aurait desserré l’étau. Mais voilà…

 

L’homme continuait son chemin vers Wasquehal. Comme Julien jadis, il n’en dévierait pas. Il s’octroierait seulement le droit de s’arrêter, parfois, pour allumer le feu de joie d’une cigarette roulée entre les doigts, en accomplissant méticuleusement chacun de ses gestes réglés une fois pour toutes comme du papier à musique.

 

« Quand je regarde jaillir la flamme de mon briquet, je ressens, bizarrement, comme une espèce de joie ! Pas seulement à cause de la cigarette que je vais fumer, non, c’est plus primaire... C’est le feu, tu comprends ! » 
Le feu, oui, il avait eu le feu sacré. Il le lui avait dit, il le lui avait expliqué ce soir-là, un des derniers, mais les événements, la vie, tout ce cirque dans lequel on est embarqué !… Elle ne lui en voulait pas, elle ne lui en voulait plus…

 

La nuit qui avait été claire commençait à se couvrir de nuages. De l’autre côté du champ, l’autoroute était assez fréquentée malgré l’heure indécise. Elle aimait suivre du regard les deux rangées de phares jaunes et de feux arrière rouges qui filaient en sens inverse. Un jour, oui, un jour…

 

Pourquoi pas aujourd’hui ?

 

Le jour se levait avec les fumées épaisses qui ferment l’horizon et cette pluie si légère au début, comme un voile de soie transparente, soudain rabattue par le vent du Nord qui la rendait de plus en plus froide et cinglante, obligeant le marcheur à courber la tête et à limiter son champ de vision au spectacle du balancement de ses pieds…

 

Il y avait ce froid dans le coeur depuis si longtemps ! La marque gravée de l’absence ou d’une attente sans fin, la faim, la privation d’une substance primordiale et introuvable, qu’il fallait chercher dans l’ailleurs...

 

Elle avait jeté un dernier coup d’œil dans la direction de Wasquehal, l’homme, qui figurait peut-être son destin, avait disparu. Il fallait enfin tourner le dos à toutes les silhouettes grises, prendre un chemin de traverse, braver le sort…

 

Repost 0
Published by Le vent qui souffle - dans séquences
commenter cet article
1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 23:04

Atelier d'écriture 2014 de François Bon

Pour combien de temps ?


Je suis ici (pour combien de temps ?), attachée à cette table (pour combien de temps ?), arrêtée dans ma course, sans programme d’action, figée et comme tétanisée depuis... (combien de temps déjà ?), dans une sorte de prison intérieure que je ne comprends pas, qui empêche toute initiative et qui me retient loin, si loin de ce village là-bas, marqué d’une croix sur la carte du monde que j’ai accrochée sur le mur en face de moi, sali par les vapeurs de cuisine...

C’est une sorte de voyage immobile que j’ai entrepris paradoxalement pour me rapprocher de toi qui es si loin de moi (pourquoi ?)... et cette pièce dans laquelle je me suis cloîtrée volontairement est comme le compartiment d’un train qui m’emporte loin de moi vers toi dans la plus grande des obscurités, car je ne sais plus qui je suis, je ne sais pas, je ne veux pas savoir pourquoi tu me fuis...

Je voudrais te rejoindre... Je voudrais regarder de nouveau avec toi les paysages qui étaient les nôtres, jadis, tu te souviens ? Et prendre enfin le temps de revenir à l’essentiel car il me semble bien que j’ai tout gâché et que nous n’en serions pas là, moi surtout, recluse volontaire, si... Parle donc, dis sans ménagement que je ressemble à ces craquelures sur le mur qui me fait face et dans lesquelles plonge mon regard à chaque fois que j’essaie vainement de faire un pas de côté !

Mais tu refuses de me répondre et je suis lasse d’attendre sans espoir le déclenchement de la sonnerie du téléphone. Aussi ai-je entrepris de mettre noir sur blanc cette partie de notre histoire, avec l’espoir que tu me lises un jour… pour combler cette attente bizarre et tenter de faire parvenir à la lumière les motifs obscurs qui entachent ces zones de notre vie, et salissent l’idée que je me fais de moi-même...

Des épluchures d’une pomme croquée avant-hier, oubliées sur le bord de l’évier, figurent ce que je pense être devenue aujourd’hui… un déchet ? Elles correspondent à cette impression insoutenable de vivre les derniers instants d’une relation ratée comme les restes d’un fruit que je n’ai pas été capable de savourer...

Je me penche parfois à la fenêtre, j’écoute distraitement les bruits de la rue qui semblent parvenir d’un monde où je n’ai plus ma place. Je vis prostrée comme si j’avais été bannie ! Il me faut comprendre ce processus infernal qui me vide peu à peu de toute ma substance. Comprendre pourquoi (à défaut de l’accepter et en espérant une inflexion du destin…), le bonheur est désormais dans un lieu inaccessible dont j’ai perdu la clé...

 

Repost 0
Published by Le vent qui souffle - dans séquences
commenter cet article
12 avril 2013 5 12 /04 /avril /2013 23:04

Une feuille est posée sur une petite table basse. L'enfant dessine. Sa tête ronde est penchée vers le rectangle de papier blanc. Il écrit-crée-crie sur cet écran qui réfléchit ce qu'il voit dans sa tête. Le tain du papier lui renvoie des rêves et des cauchemars. Il les contemple et les retouche. Il se sent tout puissant quand il modifie une image. La vérité veut parfois que ses doigts exécutent trait pour trait une figure imposée. Dans la maison qui explose, il y a un chat qui ronronne. Il y a des choses et des gens, dont Jean, son père. Il couvre son dessin de taches rouges et d'éclairs orange. Comme dans les BD, il dessine des bulles pour faire parler les personnages. Il a la gorge nouée, les mots ne sortent pas de son dessin. Il voudrait tout effacer, ne le peut pas.

Repost 0
Published by Le vent qui souffle - dans séquences
commenter cet article
20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 00:04

 

Le mannequin demandait au soleil en fugue ses papiers d'identité derrière la vitrine. A Pantin, dans le plus grand café de la ville, le fugitif, un bois-sans-soif ou puits-sans-fond, fit volte-face et disparut de l'autre côté en sautant par dessus la clôture. Le patron de l'établissement voulut régler ses comptes mais dans les règles, il passa par la porte devant un ancien potier et se mit à courir en lançant des mots à la cantonade: " Si vous le rattrapez, je vous offre un pot..." Nombreux furent les poursuivants qui encerclèrent le sergent de ville qui régulait la circulation au milieu d'un rond-point dans le premier virage. La vie se macadamisait tandis que les avis divergeaient. La forme ronde est sans appel. L'inconnu s'était envolé de tous les points du cercle. Il n'y avait plus qu'à rentrer au Globe, c'était le nom du café-théâtre où se réunissait toute la troupe. La nouvelle fit la tournée des popotes. Chacun y allait de sa dissonance. " Moi, madame... " " Moi, monsieur... " S'il survit après un pareil carambolage, nous lui mettrons la main dessus. " " Puis le poing. " " On n'a pas idée de se conduire ainsi... " Toutes les règles sont transgressées, c'est la partition générale... " A bon entendeur, moi, je continuerai de respecter les intervalles... " Le centre est culturel, il n'est pas permis de douter... " " Un personnage ou une personne sans âge, c'est tout comme... " " Sylvie... " Là, je m'insurge, un début, une fin, un lien entre les deux, un non-lieu ensuite, je ne reviendrai plus sur mon verdict!... " Des verres de blanc étaient distribués invariablement à l'assistance. On réclama un porte-voix.

Repost 0
Published by Le vent qui souffle - dans séquences
commenter cet article
1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 17:08

L'homme est à nouveau assis en face de moi. Vêtu comme les autres fois d'un costume sombre de bonne coupe mais d'une élégance vieillote, il triture, signe exceptionnel de nervosité chez cet homme froid dont j'évite le regard d'acier, un chapeau de feutre posé sur ses genoux. A sa droite, sur la banquette, un livre épais aux tranches noircies que dépassent des marque-page, la couverture est cachée par un papier kraft sans étiquette. A ses pieds, une mallette de métal blanc. Rangée à l'emplacement prévu au-dessus de la banquette, je reconnais aussi sa valise de cuir marron qui porte la griffe d'une ancienne marque de maroquinerie.

Au début, je pensais que le hasard... Puis j'ai eu le sentiment qu'il me précédait dans les endroits où je me rendais comme s'il devinait mes intentions. Pour déjouer les siennes, je m'étais mise à le suivre mais aujourd'hui, dans ce train-là, dans ce compartiment-là, non...

Je suis montée sans arrière-pensée, nonchalamment, presque libérée... J'avais décidé de ne plus accorder d'importance à cet homme et de fait, j'avais cessé de le rencontrer depuis plusieurs semaines. Or, une fois de plus, là, devant moi, avec ce regard perçant que je suis incapable de soutenir?...

 

Repost 0
Published by Le vent qui souffle - dans séquences
commenter cet article
28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 14:34

Le train a sifflé trois fois avant d'arriver dans une vieille gare perdue. Personne ne m'attendait. Toutes les rues de la petite ville étaient désertes. J'avais l'impression de me déplacer au milieu d'un décor. Les portes que j'essayais d'ouvrir étaient fermées à clé ou par un verrou. Les réverbères étaient rares, la nuit était dense. Mes hôtes habitaient une ancienne ferme dans la campagne environnante. Trop tard, trop sombre pour chercher. Oui, je l'avoue, j'ai eu peur que, toi aussi, tu m'abandonnes...

Repost 0
Published by Le vent qui souffle - dans séquences
commenter cet article