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  • : le vent qui souffle
  • le vent qui souffle
  • : Un souvenir surgissait parfois des mots comme un djinn d'une jarre, un souvenir imaginé, un oubli imaginaire... Le jeu de l'oubli dans l'écriture consistait à donner une forme à ces souvenirs blancs qui s'échappaient comme des fantômes...
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15 juillet 2012 7 15 /07 /juillet /2012 14:42

    La graphie des corps autour du kiosque à musique sur la place de notre ville suggérait la Concorde. Le maire arborait une cocarde tricolore. Il avait planté un arbre qui symbolisait la Liberté. La population fêtait le quatorze juillet, la Libération et le retour de la Paix avant ma naissance. Le chef de l'Harmonie municipale avait annoncé une fugue accueillie par des vaguelettes de murmures qui rebondissaient de rangée en rangée dans l'assistance bien disposée.

 

    Les notes commençaient à se fuir les unes les autres pour toujours se reprendre en formant des suites interminables qui se fuyaient de nouveau. Je les poursuivais au galop dans ma tête. J'essayais de comprendre cette chevauchée fantastique, assise en amazone sur l'un des beaux chevaux de bois du manège qui tournait non loin du kiosque comme un second théâtre rond. Fugue devenait vulgaire sortie de la musique. Fuite faisait irréversible et honteux. Exil laissait se détacher de lui des accents d'un grand effet nostalgique qui pouvait avoir de grandes causes...

 

    Les applaudissements avaient crépité, le chef s'était incliné. La fugue avait été suivie d'une marche militaire. Dans le cadre où il posait, sur le buffet de la cuisine, mon père souriait comme un vainqueur un peu timide qui inspirait confiance et sympathie. Je savais qu'il n'était plus depuis longtemps le beau jeune homme de la photographie. Quand je le (la) regardais, je faisais connaissance avec un père qui n'était pas encore le mien et qui, en le devenant, était aussi devenu vieux.

 

    La photo du cadre avait le format d'une carte postale. Sur les photos de la famille, plus petites, carrées et brillantes, on avait du mal à distinguer les traits des personnages mais on voyait que mon père avait blanchi sous le harnais. Les musiciens dans le kiosque ne semblaient pas troublés par cette usure-mesure du temps. Ils célébraient avec fougue la marche des soldats qui avaient gagné la guerre.

 

    Sur mon cheval de bois, je voltigeais à l'assaut de mes réflexions intempestives, de mes questions inutiles. Je m'appliquais à domestiquer mes pensées pour qu'elles marchent du même pas, sûr et cadencé, que les soldats. Droites et alignées, rectilignes, irréprochables.

 

    Puis la marche s'était arrêtée comme elle avait commencé, dans un claquement de cuivres. Les applaudissements avaient de nouveau crépité, et le chef avait aussitôt salué son public. Sans bien savoir pourquoi, je les avais trouvés versatiles. Fugueurs de haut vol un moment, fantassins ensuite.

 

    La fugue m'avait paru correctement jouée puisqu'elle était revenue à son point de départ. La marche avait été menée tambour battant en ligne droite, mais son chant d'arrivée n'aurait pas dû être celui du départ. En dehors des fausses notes de quelques musiciens malhabiles, l'art de combiner les sons pouvait fausser les perceptions. La musique jouait en trompe-l'oeil. Elle avait inventé de tromper le temps en le faisant entrer dans ses mesures...   

 

    Couleur sienne, éditions La Chambre d'échos. 

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Published by Le vent qui souffle - dans extraits Chambre d'échos
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