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  • : le vent qui souffle
  • le vent qui souffle
  • : Un souvenir surgissait parfois des mots comme un djinn d'une jarre, un souvenir imaginé, un oubli imaginaire... Le jeu de l'oubli dans l'écriture consistait à donner une forme à ces souvenirs blancs qui s'échappaient comme des fantômes...
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         Qui étais-je vraiment? /

Ballet d'oiseaux

          au bord de la mer  

Impossible livre

      Mots

    déploiement géométrique, sonore, temporel

Les mots/"Sons" dessus dessous?/Où (hou!hou!) sont les sons?/Sur les ondes/Tout se jouait entre deux mots qui se fuyaient/Ecrits déchirés/Les mots me manquent/Mots à profusion/Fond et forme/L'art de combiner les sons/Passerelles de mots/Sous le couvert des mots /Ma voix résonne dans le désert!/C (Qu) antique/Mots creusés-creusets /Mots interdits /Mots /                       

       Motifs

     Leitmotiv/    

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     Images découpées/La dernière image de lui/ Autoportrait /  

          la lettre i

     Démolition/DESPERADO/Eperdument/  

           immense

     Un océan à traverser/Plans sur la comète, rêverie géante.../  

            improvisations

     Nécessité fait loi?/ Chevauchée fantastique/  

             invisibles frontières  

     Moi et/ou moi/Acrostiche/Du trajet au destin (tragédie?)/Elle ourlait le bord des précipices.../Incertains rivages/L'usine/Couloirs du temps/  

          itinéraires

     Rose des vents/Prendre le large/

29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 23:04

Qui étais-je vraiment? Petite fille habitée de mauvais rêves et traversée de fantômes, trouée comme une passoire par tous les pores de sa peau... Perméable à toutes les érosions et dérisions... Décapée, dépitée, décapitée à chaque déluge, nettoyée et vidée de ses émotions primaires... Chaque flux ou reflux qui me poussait d'un bout à l'autre de cette frontière étrange qui traversait le terrain vague, entre deux mondes qui s'excluaient, faisait de moi à chaque passage une étrangère toujours plus étrangère... J'ai grandi avec la sensation d'être vide pour avoir constamment laissé ailleurs, dans les mondes successifs d'où je venais, mes bagages essentiels, l'essence de mon âme et ma véritable identité... Qui étais-je vraiment? Puissance incantatoire du verbe de l'école, silence pauvre mais parlant de la maison affaissée sur le creux de son quotidien. Notre maison était creuse et moi comme elle car l'école était pleine. Pleine à craquer de savoirs, de jeux et de rêves irréels. Et cette plénitude me faisait rêver, et ce creux me faisait douter. Et quand la houle était trop forte, cette alternance de creux et de crêtes me donnait la nausée. Qui étais-je vraiment? Les deux galets ramassés un jour de sécheresse sur la plage du terrain vague - BAILLEUL Annie - étaient assurément un début de réponse. "Présente!" Au début de chaque demi-journée, en faisant l'appel, la maîtresse les ramenait dans ses filets, les examinait, les comparait à sa liste et ne trouvait rien à redire. Alors elle les relâchait, elle les remettait en circulation - BAILLEUL Annie - deux allers et retours matin et soir, à marée basse et à marée haute, sur le chemin du terrain vague, au-dessus d'une ligne de faille... Qui étais-je vraiment? Physiquement, j'étais comme Zazie dans le métro. Une boule de cheveux noirs coupés court avec une frange en travers du front que les ciseaux paternels égalisaient une fois par mois (la poussière de soie qui tombait me chatouillait le nez, je mettais mes mains en visière à la hauteur de mes sourcils tout en clignant des yeux, mon père me faisait lever le menton de sa main gauche et de la droite il s'efforçait de ne pas trembler, je sentais la progression dure et froide des longues lames pointues contre ma peau un peu moite, si je bougeais, si j'éternuais, il en allait peut-être de ma vie!), et puis le pull rouge, ma mère adorait le rouge, rouge comme le sang qui perlait, c'était toujours pareil, pas de sa faute mais de la mienne, je ne savais pas me tenir tranquille, le pull rouge sur une jupe écossaise à dominante rouge le dimanche, les autres jours de la semaine, c'étaient des couleurs banales qui n'allaient pas bien aux brunes, des couleurs ternes pour vêtements de pauvres, des vêtements de secours, ça existe encore, ça s'appelle le secours catholique ou populaire... Le dimanche, avec les habits choisis ou faits par ma mère, j'étais tout à fait comme Zazie dans le métro, avec son casque noir sur un pull rouge... Mon père se prénommait Raymond et de son nom de jeune fille ma mère s'appelait Queneut. Pourtant, ils n'avaient absolument rien compris à la finesse ou aux finasseries de Queneau. Ils avaient payé cher pour me voir en grand sur l'écran. Dès les premiers gros mots, ils regrettèrent leur argent. Je me sentais responsable (quelle fichue habitude!), gênée d'avoir un sosie si mal élevé et troublée de découvrir pareille différence (puisque malgré toutes mes sottises il semblait que je n'arrivasse pas à la hauteur de la cheville de ma doublure cinématographique!) au sein d'une telle ressemblance... Pour éluder la décision de quitter la salle, ce qui serait revenu à admettre qu'ils avaient gaspillé le prix des billets, mes chers parents avaient estimé que ça ne pouvait pas continuer comme ça. On ne pouvait pas se foutre de la gueule du monde à ce point-là. Le film allait devenir un vrai film, avec une histoire qui tiendrait debout et une petite fille normale ou presque, comme moi. D'espoir déçu en attente trompée, de soupir en soupir et de mine outragée en dénégation fatiguée, ils burent la coupe jusqu'à la lie. La durée conventionnelle d'un film étant écoulée, le mot FIN apparut pour nous narguer, sembla-t-il, une dernière fois. Mes géniteurs mirent du temps à sortir de leur stupeur. Le génie de Queneau leur avait échappé, Zazie dans le métro devint à leurs yeux la référence en matière de non-sens. Quant à moi, dans les yeux de Zazie, j'avais vu briller des lueurs certes douteuses mais alléchantes. Elle était gaie, moi, je ne l'étais pas, et sa présence au monde était renversante...

 

Le Dernier mot d'elle, éditions La Chambre d'échos.

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Published by Le vent qui souffle - dans extraits Chambre d'échos
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